La résistance tenace et les sacrifices de cet ancien peuple de paysans montrèrent aux jeunes Occidentaux que la grande démocratie américaine n'était pas libérale au point de consentir que quelqu'un, dans une lointaine province d'Asie, choisisse une voie différente de la sienne.
Le Vietnam a revêtu une valeur d'exemple dans la mesure où il démontra que la plus grande puissance militaire, technologique et financière au monde ne parvenait pas à venir à bout d'un peuple qui luttait pour l'indépendance et la liberté. Après la victoire de 1975, les erreurs de la politique vietnamienne et les conflits pour l'hégémonie dans le pays déçurent les attentes de ceux qui avaient lutté pour sa libération.
Mais le Vietnam demeura cependant l'unique exemple d'une guerre qui fut combattue non seulement dans la jungle et les rizières mais aussi dans les rues, les places et les universités du monde entier. Et ce fut là que fut consommée réellement la défaite des Etats-Unis.
Au Vietnam, les Américains avaient succédé aux colonialistes français battus à Dien Bien Phu, en 1954, par l'armée du Viet Minh, commandée par le général Giap. Le Viet-minh avait été fondé en 1941 par le Parti communiste indochinois présidé par Ho Chi Min. En décembre 1960, face au régime fantoche de Diem, établi dans le sud du Vietnam grâce à l'appui américain, le Front national de libération du Vietnam du Sud se constitua.
L'année suivante, les guérilleros occupaient déjà une bonne partie des campagnes, alors que dans les villes montait le mouvement de protestation des bouddhistes: en 1963, un premier moine s'immole par le feu à Saigon. Face au renforcement de l'opposition et de la guérilla, le régime de Diêm puis de Van Thieu s'engage sur la voie d'une répression impitoyable.
Dans le même temps, le soutien des Etats-Unis au régime sud-vietnamien se renforce. Durant la présidence de Kennedy (1960-1963) ), le plan de guerre spéciale est remplacé par une forme d'intervention plus musclée: des conseillers militaires américains prennent la direction de l'armée sud-vietnamienne sur le terrain, et l'utilisation de bombes au napalm contre les villages et les paysans commence, ainsi que l'emploi massif de désherbants et de défoliants. Ces derniers ont compromis pendant longtemps les récoltes et la santé des Vietnamiens.
En 1967 le Che Guevara lance le mot d'ordre "Créer deux, trois, de nombreux Vietnam", et aux Etats-Unis commencent les grandes manifestations contre la guerre (avec le slogan " Stop the bombing ", arrêtez les bombardements dans le Nord-Vietnam) et le mouvement de protestation des soldats et des jeunes appelés.
L'offensive du Têt a été une tentative d'attaque générale d'une très grande valeur symbolique (un commando réussit même à pénétrer dans l'ambassade américaine à Saïgon) mais elle ne fut pas un grand succès d'un point de vue militaire. Elle ne parvint pas à conquérir de manière stable des objectifs importants et elle n'obtint pas l'effet espéré dans les villes, où n'éclatèrent pas les grandes insurrections que les partisans attendaient.
Durant le mois de mars, les combats continuent : les troupes américaines lancent une contre-offensive dans le delta du Mékong, qui marque le début de ce que l'on appellera la guerre des rizières . Dans le même temps, les forces de libération poursuivent le siège de la base américaine de Khe Shan, qui avait commencé avec l'attaque du 21 janvier. Les bombardements massifs sur Hanoi, la capitale du Vietnam du Nord, continuent; le 7 mars on compte des centaines de victimes parmi les civils dans cette ville.
Le 16 mars est la date la plus noire de la guerre du Vietnam pour les Etats-Unis, même si la nouvelle ne se diffusera pas immédiatement: dirigés par le lieutenant Calley, les bérets verts occupent le village de Mylai et, ne trouvant aucun vietcong, exterminent plus de cent personnes, dont des femmes, des enfants et des vieillards. Malgré de multiples tentatives pour étouffer l'affaire, celle-ci fait la première page des journaux à la fin de l'année.
Le 9 avril, Hanoï accepte l'ouverture des négociations avec les Etats-Unis, et, le 3 mai, les Etats-Unis et le Vietnam du Nord se mettent d'accord sur une pré-négociation devant débuter à Paris le 10 mai. De manière à conditionner les tractations en route, le Front de libération lance une nouvelle et importante offensive le 5 mai. L'attaque touche 122 localités mais elle se concentre avant tout sur la capitale du Sud, Saïgon.
Le 27 juin, après des mois de siège, les marins abandonnent Khe Shan, rompant ainsi l'encerclement. Cette cuisante défaite engendre une intensification des bombardements américains sur le Vietnam du Nord, bombardements qui avaient pourtant été réduits durant les mois de mai et juin. En dépit de cela, la voie menant à la table des négociations est désormais ouverte.
Le 7 novembre, le républicain Nixon succède à Johnson à la Maison Blanche. Le 8 décembre, la délégation sud-vietnamienne arrive à Paris : elle est composée de 60 membres et dirigée par le numéro deux du régime, Cao Ky. La délégation américaine est pour sa part conduite par Cyrus Vance. Après d'interminables préliminaires, les négociations proprement dites débutent le 18 juin 1969 : autour de la table ronde siègent les deux gouvernements vietnamiens, les Etats-Unis ainsi que le Front de libération, reconnu comme interlocuteur politique et diplomatique à part entière.
Les négociations, interrompues par des phases de violente reprise du conflit, débouchent sur les accords de paix signés le 27 janvier 1973, qui prévoient le retrait des forces américaines, l'arrêt des hostilités et la réunification du pays. Van Thieu poursuit la guerre de son côté, jusqu'à la libération de Saïgon en 1975.
La suite est une autre histoire.
www.media68.com | febbraio 1998
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Le Vietnam ne fut pas une guerre coloniale parmi tant d'autres. Pour les jeunes qui se révoltèrent en 1968 contre les pouvoirs dominants dans le monde entier, le Vietnam fut beaucoup plus. Il a représenté une première étape dans la prise de conscience des limites de l'Occident démocratique.
L'année 1968 débute au Vietnam avec un événement qui passera à l'histoire sous le nom d'offensive du Têt. A l'occasion du Têt, c'est-à-dire du nouvel an lunaire, qui se fête à la fin du mois de janvier, le président du Sud-Vietnam, Van Thieu, avait annoncé une trêve de 48 heures.Le 27 janvier commençait par ailleurs la trêve d'une semaine proclamée par le Fnl (Front de libération national).
Mais, le 30 janvier, le FLN et l'armée nord-vietnamienne lancent par surprise la grande offensive du Têt : les guérilleros surgissent de la jungle et attaquent simultanément 140 localités de plus ou moins grande importance ainsi que les quartiers généraux de l'armée de Saïgon, huit des onze commandements de division, trente aéroports et quatorze bases aériennes. Il s'agit de la plus grande offensive de l'histoire de la guerre vietnamienne.
En 1964 Johnson marque le début de l'escalade avec l'utilisation de mégabombardiers B 52 contre le Vietnam du Nord. A la fin de l'année 1965, les troupes américaines atteignent 175 000 unités. Mais aux Etats-Unis, comme dans le reste du monde, se renforce l'opposition contre la guerre, et un groupe constitué des plus grands intellectuels de l'époque (parmi lesquels Lelio Basso, Guenther Anders, Jean-Paul Sartre, Bertrand Russell) met en place un tribunal (connu ensuite sous le nom de Tribunal Russell, devant juger les crimes américains au Vietnam.
Les Américains réussirent à reconquérir presque toutes les positions qu'ils avaient dans un premier temps perdues, y compris Hue, l'ancienne capitale du Vietnam. L'offensive du Têt remporta cependant un succès politique majeur, et elle marqua un véritable tournant dans la guerre du Vietnam: elle prouva à l'opinion publique américaine et mondiale qu'une victoire des Etats-Unis était impossible à remporter dans de brefs délais, et peut-être impossible à remporter tout court. 
La pression de l'opinion publique et des mouvements de protestation contraint le président Johnson à s'engager sur la voie de négociations visant au retrait des troupes américaines du Sud-Vietnam. Après avoir retiré, le 31 mars, le commandement des troupes envoyées au Vietnam au général Westmoreland, Johnson annonce au cours d'un discours télévisé dramatique qu'il ne se représentera pas aux élections de novembre, laissant la candidature au sénateur Hubert Humphrey, et qu'il compte interrompre les bombardements sur le Nord.
Les Vietcong occupent le quartier industriel et commercial de Cholon, qui est alors bombardé par les avions américains. Les combats se poursuivent à Saïgon jusqu'au début du mois de juin, le temps que l'armée du gouvernement reprenne le quartier de Cholon. Entre-temps, le président Van Thieu et le vice-président Cao Ky se disputent le pouvoir dans les bâtiments officiels de Saïgon.